March 7th, 2005

avmalgin

Le Figaro

С утра новость: про меня сегодня написала газета "Фигаро". http://www.lefigaro.fr/international/20050307.FIG0043.html
Теперь надо искать, кто бы перевел. Разобрался только в общем смысле: статья вроде бы лояльная (хотя состарили меня на год), что нельзя сказать об отечественных отзывах.

RUSSIE Troisième tirage pour «Le Conseiller du président» d'Andreï Malghine
Les turpitudes des nouveaux dirigeants russes dénoncées dans un roman à succès
Moscou : de notre correspondante Irina de Chikoff
[07 mars 2005]

Comme dans une tragédie antique, le choeur se lamente : la démocratie russe est en danger ! Les libertés et les droits de l'homme sont bafoués ! Ce sont les oligarques qu'on assassine !

Derrière ses lunettes rondes, les yeux d'Andreï Malghine pétillent de malice. De cruauté aussi. Dans son livre Le Conseiller du président, il décrit à travers l'histoire d'une famille, les Prissiadkine, la «privatisation à la russe» des idées de démocratie et de liberté par une nouvelle nomenklatura dite libérale. C'est hilarant ! Les deux premiers tirages de sa satire sont déjà épuisés bien que la presse, en dehors des journaux en ligne, n'en ait pratiquement pas parlé.

A peine voilés, tout juste travestis ou masqués, des personnages de la vie politique russe apparaissent sur la scène d'Andreï Malghine. Jeu de massacre. Nul n'est épargné. Ni les défenseurs des droits de l'homme, comme Ignati Prissiadkine, qui se livrent à toutes les bassesses pour obtenir une voiture de marque étrangère avec chauffeur attitré, ni les fonctionnaires de l'administration présidentielle dont le «niveau de moralité est au jusant». Fatalement, on songe à Gogol et à ses Ames mortes, même si Andreï n'a pas la prétention d'avoir le même talent littéraire. Le trublion s'amuse à analyser les «carrières internationales» de journalistes célébrés en Occident parce qu'ils «luttent pour la liberté», de consultants habillés à l'italienne, de politologues vivant du côté de Barvikha ou de Joukovka (quartiers résidentiels et hors de prix) qui se sont fait une spécialité d'arbitres des réformes, de politiciens dont les manoirs rutilent. Il moque tous les Trissotin de la démocratie. Il déchire à belles dents les Tartuffe des libertés qui se sont organisés, minutieusement, «une piste d'atterrissage en Europe ou aux Etats-Unis en cas de malheur».

Au commencement, Andreï, 47 ans, était un romantique. Il faisait partie de la joyeuse équipe des réformateurs qui virevoltaient autour du premier maire démocrate de Moscou, Gavriil Popov, et de Boris Eltsine. «J'ai la nostalgie, dit-il, de cette époque. Je fus élu député du Mossoviet (conseil municipal de Moscou). J'ai dirigé le journal de la capitale. Il s'appelait Stolitsa. En ce temps-là, nous croyions tous en la liberté retrouvée. Les meetings réunissaient des millions de gens. Nous refaisions la vie. Hélas, très vite, nous avons été embobinés par l'administration qui était restée en place. Elle avait eu peur en 1991 mais elle s'est adaptée et depuis elle n'a jamais cessé de prospérer. Cette administration est une structure corruptrice. Elle nous a corrompus.»

Toutes les «Kormouchki» (fromages) de l'ancienne bureaucratie communiste ont perduré. Finauds, les fonctionnaires, souvent liés à des organisations plus ou moins criminelles, ont partagé avec les nouveaux démocrates des privilèges dont ces derniers n'avaient pas idée. Dans Le Conseiller du président, Valentina, l'épouse d'Ignati Prissiadkine, découvre au cours d'une réception «à la fourchette» comment on gagne de l'argent. Elle écoute, ébahie, les combines les plus rentables. Elle va aussitôt harceler son vieux mari pour qu'il profite lui aussi de sa position de conseiller du Kremlin pour faire des affaires. Quitte à se livrer au chantage. L'univers décrit par Andreï Malghine est hallucinant de cynisme. L'action se passe de nos jours et Andreï affirme que tout est «saisi sur le vif. Le modèle de Prissiadkine est conseiller au Kremlin. Sa femme est encore plus peste que mon héroïne. Quant à leur fille, c'est une affreuse chipie qui ne conçoit même pas d'aller au collège autrement que conduite par le chauffeur, alors que sa mère jadis a vécu dans un appartement communautaire».

Andreï Malghine est devenu un homme d'affaires. Il édite un journal gratuit et des revues de luxe. Il gagne bien sa vie. Ne se plaint pas. Depuis dix ans, il se taisait. Aujourd'hui, il prépare un nouveau roman. Le Kremlin en sera le héros. Ou plutôt la vie de l'administration du Kremlin, à des années-lumière de l'existence des Russes ordinaires.